Rémunération de l'auteur

Lundi 22 décembre 2008
Ouvrez les yeux, montez le son...


A l'année prochaine !!! 

 



C''est Noël...
Ecrire un commentaire - Voir les 10 commentaires
Mercredi 19 décembre 2007

 

Soudain un rugissement furieux monta derrière elle... Elle se retourna et vit un l'ours gigantesque se diriger vers sa tanière.
 
Vladinia sortit de son sac à provisions de quoi préparer un repas pour l'ours : du miel sur des gâteaux secs qu'elle déposât à l'extérieur de la tanière, avant de courir d'abriter dans le refuge. L'ours repéra aussitôt l'atmosphère miellée et après un rugissement à faire tomber les étoiles, s'avança prudemment vers le plat qu'il engloutît d'une seule bouchée, avant de retourner se coucher.
 
Elle recommença le lendemain soir, mais resta, cette fois-ci à mi-chemin. A nouveau, l'ours repéra aussitôt l'atmosphère miellée et après un rugissement à faire s'écrouler les montagnes, s'avança prudemment vers le plat qu'il engloutît d'une seule bouchée.
 
Et ainsi de suite, pendant de nombreux soirs jusqu'à ce que Vladinia se sente le courage de s'approcher davantage de l'ours. Et c'est par une nuit de lune montante qu'elle eut l'audace de rester près de l'entrée, après avoir déposé son plat. L'ours reconnut l'atmosphère miellée, s'avança à pas lourds vers le plat tout en remarquant les empreintes de pas humains. Alors, il tourna, tourna son énorme tête vers Vladinia et poussa un rugissement si puissant qu'elle pensa mourir sur place. Il continua de rugir et rugir encore, tout en faisant claquer ses mâchoires et en ouvrant une gueule énorme qu'on pouvait lui voir jusque dans l'estomac.
 
Vladinia, pétrifiée, ne bougea pas. L'ours s'avança menaçant, prêt à s'emparer d'elle, ses griffes noires et tranchantes pointées sur elle.
Vladinia, toujours figée, sentit soudain grandir en elle une force qu'elle ne soupçonnait pas.
 
"Grand ours, s'il te plait. J'ai fait un long chemin jusqu'ici et bravé bien des dangers que je n'avais pas imaginé avant d'entreprendre ce voyage, mais sache que j'ai besoin de toi."
 
L'ours marqua un temps d'arrêt et s'assit. Dans un de ses soupirs, on put sentir l'atmosphère s'emplir d'apaisement. Tout en dévisageant Vladinia, il s'interrogea sur son sort : la manger ? Ou la laisser parler ? Il était dans un bon jour et choisit donc d'attendre la suite de la demande.
 
"S'il te plait, grand ours, je t'ai nourri de nombreux soirs et je pense que tu as apprécié. Aujourd'hui, mon mari va mal et il me faudrait l'un des poils blancs de ton torse pour le guérir. "
 
Un ours de conte, ça parle... sinon, ça ne serait qu'une histoire comme une autre.
L'ours de Vladinia se mit donc à parler : "c'est vrai que j'ai apprécié ce que tu m'as offert. Alors, vas-y, prends  un de mes poils mais fais vite et va-t-en".
 
Il leva son mufle et développa son puissant torse au croissant de lune, poils blancs lumineux dont Vladinia en arracha un exemplaire d'un coup sec. Tac. La jeune femme sentit, sous le poitrail de l'animal, le vacarme si fort de son coeur qu'elle en tremblait. Il poussa un cri de douleur, comme un miaulement, avant de retourner à sa tanière tout en grognant, comme un petit vieux qu'on aurait dérangé trop longtemps.
 
"Merci grand ours... "
 
L'ours rugit des mots qu'elle ne comprenait pas mais dont elle saisissait le sens. Profondément.
 
Vladinia se dépêcha de faire demi-tour et dévala la montagne à toutes jambes, riche de son talisman qui délivrerait Varlam de sa colère, tout en chantonnant des prières tour à tour à Artémis, aux nymphes de la forêt et même à la Sainte Vierge pour l'avoir épaulée dans sa quête.
 
En arrivant chez la vieille Dimitra, elle s'écria : "ça y est. Regardez, je l'ai, ce poil qui va le sauver... "
La guérisseuse se saisit du poil tout en la félicitant. "Vous avez eu un grand courage, Vladinia. Maintenant, on va procéder à la guérison.
Et vlan, de jeter le poil dans le feu qu'elle attisait devant elle !
 
Interloquée, Vladinia le regarda se consumer en volutes orange. "Qu'avez-vous fait, Dimitra ? Que va-t-on faire maintenant ?
- Ne t'inquiète pas, ma jeune amie. Tout va bien... Te souviens-tu de toutes les épreuves que tu as traversées pendant ton ascension, tout le courage qu'il t'a fallu pour affronter l'ours... et finalement réussir à lui extorquer ce poil ?
- Oui bien sûr, je me le rappelle parfaitement.
- Eh bien maintenant, rentre chez toi, riche de cette belle expérience et applique la même méthode à Varlam."
 
Ce conte, dont il existe différentes versions sous différentes latitudes et cultures, est ce que Clarissa Pinkola-Estès appelle, un conte à ouverture. Je l'ai réécrit rapidement, ne changeant que le lieu et les noms. Le transposer à notre époque, par exemple, nécessitait une refonte totale et je manque de temps. J'espère que vous aurez tout de même apprécié l'initiative.
 
Quelques clés sont pourtant nécessaires pour saisir le message central de ce conte. Vladinia représente la psyché aimante qui se décarcasse à trouver un remède pour calmer la colère de Varlam, dans le but de retrouver l'harmonie dans son couple. Mais derrière l'histoire d'amour se cache un combat tout à fait solitaire : celui des femmes qui doivent faire l'effort de dissoudre la rage qu'elles entretiennent dans leur ventre, leur cœur et leur âme, pour la transformer en énergie positive et créatrice. Cette méthode vise également à préparer au pardon.
 
Voilà ! Mais là où se termine le conte, commence l'histoire de chacune d'entre nous, peut-être. La mienne sûrement, mais je la mènerai loin des écrans publics, dans le blanc de ses yeux... quand il sera temps.
 
 
Ecrire un commentaire - Voir les 20 commentaires
Mardi 18 décembre 2007
  ours2.jpeg
Voici pour ma troisième suite de Noël, un conte librement inspiré d'un chapitre du livre de Clarissa Pinkola-Estes, "marquer son territoire ou les limites de la rage et du pardon". Au départ, je voulais écrire un texte personnel, voire intime, mais devant le risque d'y mettre mal à l'aise certains lecteurs ou lectrices, j'ai préféré reprendre un conte déjà existant en le ré-écrivant à ma sauce, le message demeurant intact.
 
La voie de l'ours

Dans la région du Kaz Dag, en Asie, vivait autrefois Vladinia, une jeune femme enjouée, amante de Varlam, parti à la guerre contre les Avars.
Pendant des années, elle l'attendit avec espoir, tout en tissant ses tapis de laine et de soie colorés, en aménageant leur maisonnette à l'orée du village.
 
Quand la victoire du Basileus fut annoncée et qu'on pût enfin espérer le retour des soldats, Vladinia se réjouit, redoublant d'activités pour finir d'aménager leur nid d'amour et se parer de la meilleure manière pour l'accueillir. Elle se rendit aussi au marché pour se procurer de quoi confectionner les plats préférés de Varlam : une soupe aux pois cassés, des brochettes d'agneau au romarin et des loukoums à la pistache.
 
Seulement voilà, Varlam n'était pas de la même humeur ... tant d'années à se battre, dans le froid, le vent et la pluie, la faim au ventre et la soif aux lèvres, avec la mort pour maîtresse et la terre froide pour tout matelas.
 
Il salua à peine Vladinia, tout en refusant d'entrer dans la maison, sans même toucher à la nourriture, il partit s'installer non loin de là, dans la forêt.
 
Vladinia se mit à pleurer doucement, une fois Varlam parti. Qu'a-t-il bien pu lui arriver de terrible pour qu'il soit devenu si ombrageux ? Se demanda-t-elle. bah, j'essaierai de lui porter un panier de nourriture, demain. On verra bien...
 
Le lendemain, ce qu'elle vit ne lui plut guère. Varlam la renvoya tout en prenant le panier victuailles pour un ballon. Laisse-moi tranquille !!! Laisse-moi seul !
 
Pas encore découragée, Vladinia y retourna le lendemain, mais là, même punition : "comprends-tu, femme, que je veuille rester tout seul ?" Il ne sait même plus mon prénom, se dit-elle en rentrant chez elle. Ce triste manège dura tant et tant que Vladinia commença à désespérer vraiment. Elle aimait si tendrement Varlam qu'elle ne pouvait se résoudre à le laisser partir. Alors, elle décida d'aller rendre une petite visite à la veille Dimitra, une femme étrange, qu'on disait sorcière ou guérisseuse et qui vivait dans une caverne, après la forêt.
 
"Varlam n'est plus le même homme depuis qu'il est revenu de la guerre. Il refuse tout ce que je lui préparer et n'ai même pas entré dans notre maison. Il est toujours en rage et je ne sais plus quoi faire pour le ramener à moi, apaisé et que nous puissions à nouveau nous aimer".

Dimitra prit un long moment avant de réponse: « Guérir Varlam n'est pas impossible, mais j’ai besoin d’un ingrédient et là, je 'en ai plus. Veux-tu m'aider ?"
Vladinia lui déclara : "je suis si rassurée qu'on puisse faire quelque chose. Bien sûr que je veux vous aider".
Alors, reprit la vieille, il te faut que tu escalades le Kaz Dag, que tu trouves un animal. Un ours.
Oh ! soupira Vladinia.
Te découragerais-tu déjà ?
Non. Je suis prête à tout, Dame Dimitra. Mais j'ai un peu peur, c'est vrai.
Alors voilà. Si tu décides d'y aller, voilà ce que tu dois faire. Prépare un sac de nourriture, de bons vêtements bien chauds et quand tu seras en présence de l'ours, essaie de lui prendre un poil de son torse, là où c'est blanc. Rapporte-le moi et je pourrais à ce moment là guérir Varlam.
 
 
Tout en suivant les indications de la vieille guérisseuse pour ses préparatifs, Vladinia se donna du courage en priant devant l'Icône de la vierge du Signe. Bien sûr, il n'était pas très chrétien de demander l'aide d'irréductibles païens comme Dimitra mais elle ne voulait pas y regarder de plus près. Elle avait besoin de toutes ses formes et de tous les savoirs à sa disposition.
 
Le lendemain matin, elle escalada les premiers côtes du Kaz Dag, au milieux des feuillus rafraîchissants car il faisait très chaud ce jour-là et elle remercia la nymphe de la forêt de lui faciliter la tâche en lui offrant cette ombre.
 
Plus elle avançait et plus elle commençait à sentir ses pieds douloureux. Elle s'assit un moment près d'un monticule de pierres, vestiges d'un vieux sanctuaire à la déesse Artémis. Les pierres, qui ont été les témoins inertes de tant de prières, semblaient lui renvoyer toute la chaleur des dévotions passées. Elle se remit donc à prier... "donne moi de la force"...
 
Elle se remit en marche et avança sur un sol encombré de ronces et plantes urticantes. De sombres oiseaux planaient dans le ciel et Vladinia se mit à avoir peur... Les vieux du village disaient que près du sommet de Kaz Dag, erraient les âmes errantes qui avaient pris la forme de corbeaux. Sans comprendre ce qu'elle faisait, elle chantonna un air à sa façon : "n'ayez pas peur. Je suis avec vous. Allez maintenant en paix. Je prierai pour vous."
 
Tout en grimpant, à chaque pas, elle pensait à Varlam... Elle se souvenait de la peau, tiède et lisse, de sa voix caressante... avant. Elle revit en pensée, leurs jeux amoureux, leurs ballades et tout ce dont ils avaient longuement parlé. Elle ne se rendit meme pas compte que le froid tombait sur ses épaules tout comme la nuit. Elle continuait sa longue ascension... Elle espérait trouver un abri pour se reposer et dormir un peu. Un ange dut l'entendre car à quelques mètres de là, elle trouva un vieux refuge abandonné où elle s'installa pour la nuit. "Merci mon dieu". Elle s'endormit sans même manger de ses provisions.
 
Quand elle s'éveilla, tout était calme. Le soleil brillait par une petite lucarne du vieux refuge, ce qui redonna du courage à Vladinia. Et du courage, il allait lui en falloir beaucoup car elle était maintenant proche du sommet, là où l'ours vivait.
 
Elle passa sa journée à chercher ses traces. Ca n'est au soir tombant qu'elle découvrit de grosses crottes. Pas de doute, il n'est plus loin.
Soudain un rugissement furieux monta derrière elle... (La suite, demain)
 
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Blog : Littérature sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus