La Béfana ne daignera pas nous accompagner jusqu’au Vatican… Trop de boulot en cette période avec les bambini.
Castel Sant’Angelo et son pont gardé par la gente ailée. Tour à tour, mausolée d’Hadrien, puis bastion militaire, le château tire son nom actuel d'une légende apparue au IXème siècle, au sujet de la grande peste de 590. Le pape d'alors, Grégoire Ier, aurait eu une apparition de l'archange Michel, au sommet du château, remettant son épée au fourreau, signifiant ainsi la fin de l'épidémie. Pour commémorer l'événement, une statue d'ange coiffe l'ouvrage (source Wikipedia).
Ce bâtiment symbole pour moi, une sorte frontière entre al Rome antique et la Rome vaticane, entre le monde ancien et le monde moderne.
10 minutes plus tard, nous serons en vue de Saint-Pierre. J’ai longtemps hésité avant de me décider à parler de cette visite. Certes, ça n’était pas la première fois que je venais au Vatican. C’était la deuxième. La première fois, c’était en 1975, avec mes parents et des amis. Au pas de course et en plein été. Aucun souvenir ou si peu.
Dans l’avenue qui mène à la place Saint-Pierre, j’ai eu l’impression de retomber en enfance, de retrouver les couleurs, l’atmosphère de mes vacances italiennes, quand j’étais toute petite, et même si Rome n’est pas le Piémont, ni la Toscane… j’ai juste un sentiment profond de grandes retrouvailles.
Il est 11h50, quand nous pénétrons sur la si célèbre place encore à moitié vide.
Le Routard nous avait mentionné que le dimanche midi, le Pape faisait une apparition à la fenêtre de son bureau (ou de la bibliothèque) et qu’il bénissait la foule après la prière de l’Angélus.
Je ne suis pas fana du Cardinal Ratzinger, ni de sa doctrine de la foi… pas plus que je ne l’étais de son prédécesseur. Je n’étais pas une croyante convaincue… plutôt agnostique, dirait-on.
Mais bon, c’est le Pape et pour toute fille élevée dans le giron de l’Eglise Catholique, ça n’est pas rien de se retrouver en direct live avec le Saint Père.
D’un seul coup d’un seul, à midi pile le dimanche 23 décembre 2007, me voilà remontée plus de 40 ans en arrière, comme si j’étais devant la télé avec la Nonna les dimanches d’urbi et orbi, avec cette saveur du sacré si particulière des enfants.
La ferveur ambiante m’atteint, c’est vrai, mais pas seulement.
Les paroles aussi… leur sens profond à travers cette langue italienne de laquelle je me sens si imprégnée car elle parle à mon cœur, à mes tripes avant de parler à ma raison. J’ai rarement achoppé sur le discours religieux, les litanies et autres, mais ce jour-là, je suis prête à l’entendre.
Une émotion me monte à la gorge que j’essaie de refreiner. Cette émotion, c’est la même que celle que j’éprouve quand j’écoute l’Ave Maria de Schubert. Spontanément, les larmes me montent aux yeux, les sanglots traversent ma gorge pour finir en spasmes sifflants…
Je me contiens difficilement mais j’y arrive.
La bénédiction terminée, nous nous dirigeons vers les portiques électroniques pour entrer dans la Basilique. L’Homme m’interroge sur la Piéta de Michel-Ange… De quand ça date ? Pourquoi c’est si connu ? Je réponds par monosyllabes ou par des hochements de tête, tout occupée que je suis à contenir la vague larmoyante qui n’attend que ça : déferler sur le parvis déjà humide de la brouillasse hivernale.
« Qu’est-ce que tu as ? »
Et patatras … j’éclate… « je su-is ému-u-u-e »
Comme un vrai reporter photo, il dégaine l’appareil pour me mitrailler, le visage humide et défait, presque grimaçante. Je me cache comme je peux. Il n’y a là aucune moquerie de sa part, juste le souhait d’immortaliser une réaction totalement spontanée de ma part.
Pourtant, il s’inquiète. Il n’apprécie pas que « je me donne en spectacle ». Les personnes qui nous suivent dans la file d’attente, le rassurent : « è normale, qui »…
Et moi dans tout ça… ben, si je m’étais écoutée, j’aurais pleuré toute la journée tellement ça me faisait du bien. Ca ressemblait à des pleurs de soulagement. Enfin, j’étais chez moi, entièrement Une. A casa mia… Il y a peu, j’aurais eu honte de reconnaître et d’accepter cette émotion qui m’étreignait. Ce dimanche-là, non.
La visite de la Basilique se passe comme dans un rêve. Tout entière encore à mon chamboulement intérieur, je ne suis plus réceptive aux ors et au gigantisme marmoréen. Je croise d’autres gens, tout aussi émus.
L’Homme comprend. Il sait tant de choses qu’il tait. Tout est si naturel pour lui.
Et pour moi, ce jour-là, ça le redevient…
Nous sommes impatient de te relire.
Emouvant ton récit!
je ne suis pas non plus fanatique. Je suis juste italienne…croyante…bacci.
Je sens que tu vas te trouver un job à Rome pour y vivre sempre.
Bacci da torino
Je crois comprendre ce que tu dis, enfin je crois, personnellement j'ai connu une enfance qui ressemble un peu à ce que tu racontes probablement de part nos origines communes avec les diffusions des bénédictions Urbi et Orbi que la nonna suivait religieusement à la télé !
La première fois que je suis allée à Rome j'avais 2 ans, c'était à Pâques et évidemment on m'a emmenée à la bénédiction papale.
Puis cela s'est reproduit à plusieurs reprises, un peu comme un pélerinage pour expatriés !
J'y suis retournée adulte, mais je n'ai jamais ressenti ce que tu décris, je dois être hermétique à cette religion. En revanche lorsque j'ai été invitée par une "prêtresse" à me joindre à sa prière dans un recoin de ruines de Angkor, j'ai eu la chair de poule, quand je repense à ce moment qui pour moi a été magique, j'ai encore des frissons, je ne sais pas si c'est comparable à tes ressentis mais ce fut très fort pour moi.
Bises
TRINITY